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Le pari Alpine de Christian Horner : naviguer dans le feuilleton de propriété le plus complexe de la F1

Le pari Alpine de Christian Horner : naviguer dans le feuilleton de propriété le plus complexe de la F1

par Simone Scanu

6 min de lecture

Christian Horner est entré en négociations actives pour racheter la participation de 24 % d’Otro Capital dans Alpine Formula 1, selon le conseiller exécutif d’Alpine Flavio Briatore. Une opération qui pourrait offrir à l’ancien patron de Red Bull la voie la plus crédible pour revenir dans le paddock depuis son départ surprise en juillet dernier. Interrogé lors de la présentation de la livrée 2026 d’Alpine à Barcelone, Briatore a reconnu que le dirigeant britannique de 52 ans figure parmi plusieurs parties intéressées par cette participation minoritaire très médiatisée, actuellement détenue par le consortium d’investissement.

Cette confirmation intervient après des mois de spéculations autour de l’avenir de Horner en Formule 1. Depuis son éviction choc de son poste de team principal et CEO de Red Bull — mettant fin à 20 ans à la tête de l’écurie de Milton Keynes — l’ancien ingénieur passé par Williams et Benetton a été associé à diverses opportunités sur la grille. Des discussions préliminaires avec Aston Martin et Haas auraient buté sur des désaccords, mais Alpine s’impose désormais comme l’option la plus sérieuse pour un retour à un rôle significatif, à la fois opérationnel et capitalistique, en F1.

Comprendre une structure de propriété complexe

L’architecture actionnariale d’Alpine dessine un paysage fascinant — et particulièrement sophistiqué. L’équipe reste majoritairement détenue par le géant automobile français Renault, qui conserve 75 % de l’organisation et des pouvoirs de gouvernance importants, dont un droit de veto sur l’arrivée de nouveaux actionnaires. Les 24 % restants appartiennent à Otro Capital, une société d’investissement privée qui a acquis cette participation pour environ 200 millions d’euros en 2023.

Le consortium d’investisseurs d’Otro Capital ressemble à un véritable casting de célébrités et de stars du sport : les acteurs Ryan Reynolds et Michael B. Jordan, les joueurs des Kansas City Chiefs Patrick Mahomes et Travis Kelce, ainsi que le golfeur professionnel Rory McIlroy figurent parmi les têtes d’affiche. Ce soutien très médiatique a attiré une attention considérable sur les activités d’Alpine, même si les performances récentes en piste n’ont pas été à la hauteur de l’ampleur de l’investissement.

Pourquoi l’exigence de participation au capital de Horner est déterminante

Comprendre l’insistance de Horner sur une prise de participation — plutôt que l’acceptation d’un rôle de management classique — est essentiel pour saisir la complexité de cette négociation. La préférence du dirigeant britannique pour l’actionnariat s’inscrit dans la lignée d’accords dont bénéficient d’autres figures majeures de la F1, au premier rang desquelles le patron de Mercedes Toto Wolff, qui détient des parts au capital des Flèches d’Argent. Ce positionnement stratégique permet à Horner de conserver un intérêt financier direct dans les résultats de l’équipe tout en protégeant son autonomie opérationnelle.

Les exigences de Horner en matière d’actionnariat auraient fait capoter les discussions précédentes avec Aston Martin et Haas, ces équipes n’étant pas disposées à offrir des parts en plus d’un poste de direction. La structure fractionnée d’Alpine, en revanche, crée une opportunité rare : Otro Capital semble prêt à céder sa participation, ouvrant une voie vers l’acquisition de capital plutôt que de contraindre Horner à un rôle de management subordonné.

Le parcours d’approbation : un processus en plusieurs étapes

La route vers un retour de Horner chez Alpine passe par un véritable labyrinthe d’approbations qu’il serait imprudent de sous-estimer. Briatore a rappelé, avec sa franchise italienne caractéristique, l’enchaînement des étapes : « D’abord, il faut acheter Otro, ensuite Renault doit accepter l’acheteur, et après on voit ce qui se passe ».

Ce mécanisme de contrôle en deux temps garantit qu’aucune des deux parties ne peut être contournée. Horner doit d’abord conclure un accord avec Otro Capital pour acquérir les 24 % — un processus compliqué par la présence de plusieurs candidats, qui tourneraient autour du groupe d’investissement. Ensuite, la position majoritaire de Renault donne au constructeur français un pouvoir d’approbation sur les nouveaux actionnaires, lui assurant un contrôle stratégique sur l’orientation d’Alpine.

Briatore a pris soin de se tenir à distance des négociations directes, en précisant : « Il négocie avec Otro, il ne négocie pas avec nous ». Une nuance importante, car elle suggère que la hiérarchie interne d’Alpine — où Briatore agit de facto comme patron d’équipe malgré le titre officiel de directeur général détenu par Steve Nielsen — reste distincte des discussions liées à l’actionnariat.

Contexte plus large : plusieurs prétendants à l’affût

Briatore a révélé qu’Otro Capital fait face à l’intérêt d’environ six à sept acheteurs potentiels, de nouvelles sollicitations apparaissant régulièrement. Cet environnement concurrentiel a fait grimper la valorisation depuis 2023, même si les résultats d’Alpine en piste se sont nettement dégradés ces dernières saisons. Cette demande accrue reflète la valeur stratégique que les investisseurs attribuent à une exposition en Formule 1, notamment au regard de l’évolution du paysage commercial du sport et des innovations technologiques à venir.

Pour Horner, la pression concurrentielle pour sécuriser cette participation pourrait accélérer les calendriers et durcir les négociations, en particulier si des rivaux se présentent avec des moyens financiers supérieurs ou des propositions de gouvernance plus attractives.

Un soutien mesuré de la part de Briatore

Interrogé sur la valeur ajoutée que représenterait Horner pour Alpine, Briatore a répondu avec une diplomatie prudente : « Je pense que tout le monde est un atout pour l’équipe, selon le poste où vous placez les gens ». Cette formule, soigneusement calibrée, laisse entendre que Briatore reste ouvert à l’implication de Horner — à condition que la structure et les modalités de propriété conviennent à l’ensemble des parties prenantes.

L’amitié de longue date entre Briatore et Horner pourrait faciliter la navigation dans les processus d’approbation à venir. Toutefois, l’insistance du dirigeant italien sur le respect des canaux procéduraux indique que la seule dimension personnelle ne suffira pas à contourner les exigences de gouvernance.

Les implications plus larges pour Alpine et la F1

Une acquisition réussie par Horner transformerait en profondeur le paysage opérationnel d’Alpine. L’arrivée d’un dirigeant au pedigree Red Bull — et à l’efficacité démontrée dans la construction d’organisations championnes — pourrait signaler un recalibrage stratégique pour l’équipe française. À l’inverse, l’incertitude persistante autour de l’actionnariat et du leadership peut créer une instabilité potentiellement coûteuse à l’approche de 2026 et au-delà.

Pour la Formule 1 dans son ensemble, un retour de Horner via Alpine injecterait une forte personnalité et une expertise considérable dans la compétition, tout en créant des dynamiques organisationnelles à surveiller à mesure que le sport évolue sous de nouvelles réglementations techniques et commerciales.

Simone Scanu

Simone Scanu

Il est ingénieur logiciel et passionné de Formule 1 et de sport automobile. Il a cofondé Formula Live Pulse afin de rendre les données télémétriques en direct et les informations sur les courses accessibles, visuelles et faciles à suivre.

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