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La FIA fixe deux nouvelles réunions pour résoudre la controverse sur la faille moteur avant le début de la saison

La FIA fixe deux nouvelles réunions pour résoudre la controverse sur la faille moteur avant le début de la saison

par Simone Scanu

6 min de lecture

La Formule 1 se trouve à la croisée des chemins alors que le sommet du sport automobile se prépare à l’un de ses changements réglementaires les plus importants depuis plus d’une décennie. Pourtant, avant même le début de la saison 2026, la discipline fait face à une controverse sans précédent qui menace d’éclipser le lancement de la nouvelle ère des groupes propulseurs. La FIA a désormais prévu deux réunions cruciales cette semaine — un atelier technique lundi, puis une autre réunion du Power Unit Advisory Committee (PUAC) jeudi — dans une tentative désespérée de parvenir à un consensus sur ce qui est devenu le différend réglementaire le plus explosif du sport.

La controverse porte sur une faille astucieuse — certains diraient ingénieuse — que Mercedes et Red Bull auraient découverte dans les spécifications du taux de compression des nouvelles règles 2026. Ce qui rend la situation particulièrement problématique, c’est qu’elle a mis au jour des zones d’ombre dans le règlement que ni les instances dirigeantes ni les équipes n’avaient anticipées, créant un contexte où l’innovation et l’interprétation des règles se percutent de plein fouet.

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Comprendre la controverse

Les règlements des groupes propulseurs 2026 représentent le changement le plus transformateur de la formule moteur de la Formule 1 depuis 2014, lorsque Mercedes a dominé l’ère turbo-hybride. Dans le cadre de ces évolutions majeures, la FIA a réduit le taux de compression de 18:1 à 16:1, une décision volontaire destinée à rééquilibrer les chances pour les nouveaux motoristes et à s’aligner sur les initiatives liées aux carburants durables.

Cependant, le règlement comporte une réserve déterminante : les taux de compression ne sont mesurés que lorsque les moteurs sont froids et à température ambiante. Cette méthode de mesure est devenue le socle de toute la controverse. Selon certaines informations, Mercedes et Red Bull auraient conçu des groupes propulseurs qui affichent exactement 16:1 à froid, mais atteignent des taux de compression effectifs nettement plus élevés — potentiellement proches de 18:1 — une fois à pleine température de fonctionnement en piste.

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Le mécanisme derrière cette astuce est remarquablement simple tout en restant sophistiqué : en optimisant le choix des matériaux et leurs propriétés thermiques, les deux constructeurs auraient conçu des composants moteur qui se dilatent différemment sous l’effet de la chaleur, augmentant ainsi le taux de compression géométrique sans enfreindre la lettre du règlement. Le gain de performance serait conséquent, des sources évoquant un avantage allant de deux à quatre dixièmes de seconde au tour selon les caractéristiques du circuit.

Qui s’inquiète, et pourquoi ?

La controverse naissante a uni des motoristes rivaux d’une manière inédite. Ferrari, Honda et Audi ont collectivement fait part de sérieuses préoccupations à la FIA, Ferrari et ses alliés allant jusqu’à soumettre une lettre commune avant Noël pour exiger des clarifications. Ces constructeurs estiment que l’esprit du règlement — garantir des conditions équitables — a été bafoué, même si la lettre des règles n’a techniquement pas été violée.

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« Ce sont de nouveaux règlements. Il faut des conditions équitables », a déclaré sans détour un représentant d’un constructeur. « Si quelqu’un trouve un diffuseur malin et que vous dites que ce n’est pas la bonne chose à faire, personne d’autre ne peut l’avoir, mais vous, vous pouvez le garder pour le reste de l’année. Ça n’a aucun sens. On n’accepterait jamais ça. »

Cette inquiétude est renforcée par une réalité préoccupante : il est beaucoup trop tard pour que les autres motoristes redessinent leurs moteurs pour 2026. Le matériel est figé. Toute décision tranchée de la FIA doit intervenir maintenant, sinon l’avantage potentiel perdure toute une saison — ou pire, se retrouve entériné jusqu’en 2027.

L’équilibrisme de la FIA

Le directeur technique FIA des monoplaces, Nikolas Tombazis, s’est publiquement engagé à « régler ça » de manière « absolument noire sur blanc » avant la première course en Australie. Mais l’instance dirigeante fait face à une situation d’une délicatesse extrême. La FIA doit simultanément :

  • Maintenir la clarté réglementaire et l’équité
  • Respecter l’expertise technique et l’innovation des motoristes
  • Éviter de pénaliser des concurrents qui ont conçu dans le cadre littéral des règles
  • Obtenir un consensus entre des équipes aux intérêts divergents

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Lors de récents ateliers techniques, quelques avancées ont émergé, avec des principes directeurs discutés entre les motoristes et la FIA. Toutefois, selon des sources, tous les concurrents ne se sont pas alignés sur chaque point, et seules environ quatre équipes seraient réellement en phase avec les solutions proposées.

La semaine décisive à venir

Les réunions prévues cette semaine représentent la dernière opportunité réaliste de régler le dossier avant le lancement de la saison 2026. L’atelier technique de lundi vise à établir un cadre pour mesurer les taux de compression lorsque les moteurs sont chauds — la solution fondamentale actuellement recherchée. Si des résultats probants ressortent de ces échanges, ils seraient ensuite portés à la réunion du PUAC jeudi, pour une discussion plus formelle sur la mise en œuvre.

Le directeur technique moteur de Ferrari, Enrico Gualtieri, a exprimé un optimisme prudent dans des déclarations récentes, indiquant que si les discussions avec la FIA avaient été « positives », un travail substantiel restait à accomplir. Son ton mesuré reflète la complexité d’obtenir un accord universel sur un sujet qui touche directement à l’équilibre des performances.

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L’éléphant dans la pièce

Une réalité cruciale, mais largement tue, plane sur ces négociations : tout changement de règle se heurte à un obstacle majeur. Mercedes et Red Bull, les équipes susceptibles de bénéficier de la faille présumée, ont peu de chances de soutenir des amendements qui neutraliseraient leur avantage compétitif. La FIA doit naviguer dans ce champ de mines politique tout en préservant l’intégrité du cadre réglementaire de la Formule 1.

Reste à savoir si ces réunions décisives de la semaine permettront de tracer une voie vers une résolution. Ce qui est certain, c’est que la Formule 1 ne peut pas se permettre d’entamer sa plus grande refonte des groupes propulseurs sous un nuage de controverse et de questions sur l’équité — et pourtant, c’est peut-être exactement ce qui se produira lorsque la saison 2026 s’ouvrira à Albert Park, à moins qu’une percée n’émerge dans les prochains jours.

Simone Scanu

Simone Scanu

Il est ingénieur logiciel et passionné de Formule 1 et de sport automobile. Il a cofondé Formula Live Pulse afin de rendre les données télémétriques en direct et les informations sur les courses accessibles, visuelles et faciles à suivre.

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