
Ferrari a testé avec succès le nouveau mode d’aéro active partielle, disponible uniquement sur piste mouillée
par Simone Scanu
Le deuxième jour du shakedown à huis clos de cinq jours de la Formule 1 au Circuit de Barcelona-Catalunya a offert bien plus qu’une simple collecte de données de routine : il a ouvert une fenêtre cruciale sur l’une des refontes technologiques les plus ambitieuses de l’histoire récente du sport. Alors que la pluie a dissuadé plusieurs équipes de prendre la piste, Ferrari a saisi l’occasion pour évaluer une solution révolutionnaire à l’un des défis techniques les plus complexes du règlement 2026 : le fonctionnement de l’aérodynamique active en conditions de piste mouillée.
Charles Leclerc, au volant de la nouvelle SF-26 pour ses premiers kilomètres significatifs sur un circuit détrempé, a enchaîné de nombreux tours sous des trombes d’eau tout en évaluant le tout nouveau mode d’aéro active partielle — un troisième état de fonctionnement du système d’aérodynamique active, qui marque une rupture fondamentale avec l’approche initialement envisagée par la FIA.

La nouvelle philosophie de l’aérodynamique active
L’introduction d’ailerons avant et arrière mobiles s’inscrit dans l’évolution naturelle de la technologie en Formule 1, dans la continuité du Drag Reduction System (DRS) qui a dominé la discipline de 2011 à 2025. L’aérodynamique active se présente comme l’héritière du DRS, en conservant l’objectif central : améliorer l’efficacité en ligne droite en réduisant la traînée aérodynamique, afin d’augmenter la vitesse tout en limitant la demande énergétique sur le groupe propulseur hybride.
Cependant, le règlement 2026 dépasse la logique binaire marche/arrêt qui caractérisait le DRS. Il introduit à la place un système plus nuancé à trois états, dont le mode d’aéro active partielle constitue l’ajout le plus sophistiqué sur le plan technique.
Lors de l’évaluation approfondie de Leclerc sur piste mouillée, l’aileron arrière est resté en position totalement fermée tandis que les deuxième et troisième éléments de l’aileron avant s’aplatissaient dans la ligne droite principale. Cette approche mesurée représente un compromis soigneusement calculé — qui tient compte du fait que la Formule 1 de 2026 évolue sous des contraintes énergétiques fondamentalement différentes de celles des ères réglementaires précédentes.

La logique technique derrière l’aéro active partielle
L’introduction de ce troisième mode de fonctionnement, entérinée dans la dernière version du projet de règlement en décembre 2025, répond à deux préoccupations majeures — à la fois d’ingénierie et de spectacle — apparues au cours du développement.
Priorités de gestion de l’énergie : la première inquiétude concerne la décharge de la batterie. Rouler en appui maximal dans les lignes droites lors de séances sur piste mouillée exigerait une quantité importante d’énergie électrique du système hybride, avec un risque réel d’épuisement de la batterie en pleine course. Au-delà des conséquences purement techniques, un tel scénario nuirait au spectacle compétitif que la Formule 1 doit offrir — en devenant un point de crispation et de critiques chez les fans comme chez les parties prenantes.
Complications liées à l’usure de la planche : la seconde préoccupation, plus immédiate, découle des disqualifications controversées qui ont marqué la fin de la saison 2025. Plusieurs exclusions très médiatisées — notamment le retrait de McLaren du classement du Grand Prix de Las Vegas pour usure excessive de la planche — ont jeté une ombre sur l’intégrité du championnat. La FIA a reconnu que maintenir des niveaux d’appui élevés dans les lignes droites en conditions humides contribuerait inévitablement à une dégradation excessive de la planche, ouvrant potentiellement une nouvelle source de disqualifications litigieuses après course.

L’évaluation pionnière de Ferrari
Au-delà du cadre technologique, la décision de Ferrari d’emporter deux jeux complets des nouveaux pneus pluie extrême de Pirelli dans son allocation s’est révélée stratégiquement judicieuse. À mesure que les conditions se dégradaient durant la séance du matin, alors que la plupart des équipes choisissaient de rester au garage, la préparation de Ferrari a permis à Leclerc d’accumuler de véritables données d’exploitation sur le mode d’aéro active partielle dans des conditions réellement représentatives de la course.
Il ne s’agissait pas d’un simple exercice de validation : les données recueillies lors de longs relais sur piste mouillée fournissent des informations précieuses qui orienteront la philosophie de réglages de Ferrari pour le reste du programme de pré-saison 2026 et, surtout, pour les premières courses du championnat.
Le septuple champion du monde Lewis Hamilton a lui aussi testé cette configuration d’aéro active sur piste mouillée lors de son roulage de l’après-midi, apportant un retour supplémentaire de la part de deux pilotes aux profils d’expérience très différents, au volant de la même innovation technique.

La vision aérodynamique globale pour 2026
L’introduction de l’aérodynamique active doit être replacée dans la philosophie aérodynamique d’ensemble qui sous-tend le règlement 2026. Le directeur des monoplaces de la FIA, Nikolas Tombazis, a exposé une vision ambitieuse : malgré l’écart inévitable sur la grille au début de toute nouvelle ère réglementaire, l’architecture aérodynamique révisée doit améliorer fondamentalement la qualité des courses.
Le principe clé repose sur de meilleures caractéristiques de sillage et sur les enseignements tirés de la génération à effet de sol 2022-2025. Tombazis affirme que « les voitures pourront se suivre de bien plus près qu’aujourd’hui », et que l’imprévisibilité introduite par le nouveau package aérodynamique devrait « rendre les courses, au final, plus passionnantes ».
Un pas en avant mesuré
L’évaluation réussie par Ferrari du mode d’aéro active partielle constitue un moment charnière dans la mise en œuvre du règlement 2026. En démontrant que cette innovation technique fonctionne de manière fiable dans des conditions difficiles de piste mouillée, la Scuderia a apporté l’assurance que le système aérodynamique sophistiqué à trois états de la FIA peut offrir à la fois performance et fiabilité sur l’ensemble des conditions de course.
À mesure que le shakedown de Barcelone se poursuit et que d’autres équipes se relaient sur leurs journées d’essais allouées, la communauté des ingénieurs scrutera les données de Ferrari avec une attention extrême, impatiente de comprendre comment cette solution technique se comporte alors que le sport se prépare à vivre l’une de ses saisons les plus transformatrices depuis une génération.

Simone Scanu
Il est ingénieur logiciel et passionné de Formule 1 et de sport automobile. Il a cofondé Formula Live Pulse afin de rendre les données télémétriques en direct et les informations sur les courses accessibles, visuelles et faciles à suivre.

