
La « très, très longue liste » de problèmes d’Audi : l’équipe traverse une crise de fiabilité sans précédent
par Simone Scanu
Le tout premier essai officiel d’Audi en Formule 1 a eu des allures de douche froide, une entrée en matière brutale dans la discipline la plus exigeante du sport auto. Avec seulement 240 tours bouclés sur les trois journées d’essais autorisées au Circuit de Barcelona-Catalunya, le nouveau constructeur allemand a découvert que passer du statut d’équipe cliente à celui de motoriste à part entière demanderait bien plus que prévu.
La première journée de Gabriel Bortoleto s’est révélée particulièrement inquiétante. Le rookie brésilien, tout juste auréolé d’une saison de débuts impressionnante, n’a pu effectuer que 27 tours avant qu’un problème technique ne contraigne Audi à abandonner complètement sa séance matinale. Lorsque l’équipe est revenue en piste mercredi, la situation a d’abord empiré : Nico Hülkenberg s’est immobilisé après seulement cinq tours, sur fond de suspicion de souci hydraulique, menaçant de faire dérailler une semaine qui s’annonçait déjà compliquée.

L’ampleur du défi
Le constat du chef de projet, Mattia Binotto, sur la situation d’Audi a été le verdict le plus accablant de ces essais. Le vétéran passé par Ferrari, fort de décennies d’expérience face aux complexités techniques de la Formule 1, a affirmé qu’il s’agissait de la plus longue liste de problèmes qu’il ait jamais vue de toute sa carrière.
« C’est énormément de travail pour toute l’équipe, énormément de travail pour les pilotes, pour les ingénieurs à l’usine, pour corriger tous les problèmes : conception, exploitation, tout ce que nous avons constaté », a expliqué Binotto. « Donc, pour nous, il ne faut rien laisser au hasard. Tous les détails doivent être gérés et corrigés, et nous avons une très longue liste. Une très, très longue liste. Je n’ai jamais vu une liste aussi longue. »

Les problèmes touchaient plusieurs systèmes — complications de boîte de vitesses, fuites hydrauliques et difficultés de jeunesse du groupe propulseur — chacun représentant une montagne d’ingénierie distincte à gravir avant l’ouverture de la saison à Melbourne.
Un tournant en milieu de semaine
Pourtant, le mercredi après-midi a marqué un moment clé. Une fois le souci hydraulique résolu, Audi est retournée en piste avec une détermination renouvelée. Hülkenberg a bouclé 68 tours lors de la séance de l’après-midi, preuve que, dès lors que l’équipe identifiait les problèmes, les solutions étaient à portée de main. Cette dynamique positive s’est prolongée jusqu’au vendredi, où Audi a signé sa meilleure journée de la semaine : 145 tours partagés entre les deux pilotes, soit plus de 60 % du total de l’équipe sur les trois jours.

« C’était clairement l’une de nos meilleures journées, voire la meilleure ici cette semaine », a confié Hülkenberg. « Plus de 140 tours, un bon kilométrage pour la voiture et pour tous les composants. Et côté groupe propulseur, c’est important pour nous d’accumuler ce genre de roulage. »
Le handicap des données
Mais Audi fait face à un handicap structurel qu’aucun tour de magie technique ne peut effacer immédiatement. Sans aucune équipe cliente utilisant son groupe propulseur, le constructeur allemand n’a totalisé que 240 tours sur l’ensemble de l’essai de Barcelone — loin derrière Mercedes (1 132 tours), Ferrari (989 tours) et même Red Bull Powertrains (622 tours). Ce déficit de données signifie qu’Audi aborde la saison 2026 avec un retard important dans la compréhension de la meilleure manière d’extraire la performance maximale des nouvelles réglementations révolutionnaires.
« Pour un nouveau groupe propulseur, évidemment, on savait que ce serait cahoteux. Il y aura des problèmes, mais on les traite, et on continuera à le faire », a reconnu Hülkenberg.

La lueur d’espoir selon Binotto
Malgré le bilan difficile de Barcelone, Binotto a conservé un optimisme stratégique quant à la trajectoire d’Audi. Il a insisté sur le fait que tous les problèmes identifiés étaient « petits, pas dramatiques » et, surtout, « corrigeables ». La véritable valeur de Barcelone, du point de vue d’Audi, ne résidait pas dans la vitesse pure ni dans le nombre de tours, mais dans la feuille de route diagnostique que l’essai a fournie.
« Plus on roule, plus on apprend, et je pense que nous en sommes vraiment à ce stade », a déclaré Binotto. « La fiabilité, c’est de la connaissance et, à ce stade d’un nouveau cycle de règlements, la connaissance, c’est le pouvoir. »

La route vers Bahreïn
Alors qu’Audi se prépare aux essais de pré-saison de Bahreïn le mois prochain, la priorité de l’équipe reste limpide : transformer les enseignements de Barcelone en fiabilité durable et en accumulation de kilomètres. Ce n’est qu’une fois la R26 capable d’afficher une stabilité opérationnelle constante que le développement de la performance pourra réellement s’accélérer.
Pour un constructeur qui fait sa grande entrée en Formule 1 avec son propre groupe propulseur, la saison 2026 sera, au final, définie non pas par la vitesse initiale, mais par la capacité d’Audi à transformer de manière décisive sa « très, très longue liste » de problèmes en une liste de défis résolus.

Simone Scanu
Il est ingénieur logiciel et passionné de Formule 1 et de sport automobile. Il a cofondé Formula Live Pulse afin de rendre les données télémétriques en direct et les informations sur les courses accessibles, visuelles et faciles à suivre.

