
Les performances réelles de la Mercedes W17 « dépassent les attentes du simulateur »
par Simone Scanu
Mercedes a toutes les raisons d’être optimiste à l’approche de la saison 2026 de Formule 1. Après un shakedown productif à Barcelone, les Flèches d’Argent ont constaté que leur révolutionnaire W17 se comporte déjà mieux en piste que ne le laissaient penser des mois de travail en simulateur. Plus important encore, l’équipe a réussi à corriger ce qui ressemblait à une faiblesse critique : la facilité de pilotage du tout nouveau groupe propulseur hybride qui définira cette ère réglementaire sans précédent.
Le deuxième meilleur temps de George Russell lors de la première journée d’essais à Barcelone — à seulement une demi-seconde de l’Isack Hadjar de Red Bull — souligne la solidité de la préparation de Mercedes pour le plus grand reset technique de la F1 depuis des décennies. Mais au-delà des chronos, ce sont les retours qualitatifs de Russell et de son coéquipier Kimi Antonelli qui révèlent la réalité : la W17 de Mercedes paraît plus intuitive à piloter que tout ce que l’équipe avait ressenti dans l’environnement virtuel.
Le passage du simulateur à la piste : le test de vérité

Avant le shakedown de Silverstone la semaine dernière, toute l’expérience de Mercedes avec la W17 se limitait au monde numérique. Le passage du simulateur au circuit est toujours révélateur, mais il est rare qu’une voiture paraisse meilleure en piste que dans le modèle virtuel — et pourtant, c’est exactement ce qu’a constaté Mercedes.
« Avant Silverstone, leur expérience se limitait au monde virtuel, dans les simulateurs », a expliqué le directeur de l’ingénierie en piste de Mercedes, Andrew Shovlin. « Et sur plusieurs points, ils la trouvent en réalité meilleure sur la piste que dans le simulateur. C’est donc clairement encourageant. »
Cette observation va bien au-delà d’un simple regain de confiance. Elle suggère que la corrélation — l’alignement crucial entre les données du simulateur et le comportement réel — valide l’approche de Mercedes pour concevoir un châssis autour du règlement 2026. La W17, plus petite, plus étroite et plus légère que sa devancière, semble réagir de manière prévisible, de façon à ce que les ingénieurs puissent s’y fier et itérer efficacement.
Le point d’interrogation sur la facilité de pilotage levé

Parmi les nombreuses inconnues du règlement 2026, peu de sujets inquiétaient autant que la facilité de pilotage du moteur. Le nouveau groupe propulseur, développé par Mercedes et Petronas, marque un virage majeur dans la propulsion en F1 : une répartition proche de 50/50 entre puissance thermique et électrique, avec un MGU-K renforcé fournissant presque la moitié du déploiement maximal.
Intégrer un système électrique de cette ampleur dans l’expérience de conduite était le « grand point d’interrogation » qui planait sur tout le programme Mercedes. Comment les 149 chevaux de la partie électrique allaient-ils s’articuler avec le moteur thermique ? La délivrance de puissance serait-elle progressive, ou les pilotes subiraient-ils le type de latence et de déconnexion qui pénalise les hybrides dans des environnements moins sophistiqués ?
Kimi Antonelli a apporté la réponse lors des essais à Barcelone : « L’équipe a fait un très bon travail sur la facilité de pilotage, qui était un gros point d’interrogation. » Le pilote italien, qui a pris le volant de la W17 lors de la séance du matin sur une piste humide avant que les conditions ne s’assèchent, a souligné que l’ensemble « se sent bien » dès cette première version.

La résolution de cette question de pilotabilité est déterminante. Contrairement aux cycles de développement traditionnels où les ingénieurs disposent de plusieurs saisons pour affiner la conduite, Mercedes doit établir immédiatement une base solide, avec seulement quelques semaines avant l’ouverture de la saison à Melbourne. Le fait que les deux pilotes décrivent un système hybride intuitif laisse penser que les années de développement — notamment côté moteur à Brixworth — portent leurs fruits.
Un exploit d’ingénierie monumental
La direction technique en piste de Mercedes peut légitimement être fière de ce qui a été accompli. Le règlement 2026 inaugure un écosystème entièrement nouveau : nouveaux châssis, nouveaux groupes propulseurs, nouvelles spécifications de carburant, nouveaux systèmes électroniques et des philosophies aérodynamiques qui n’ont que peu de points communs avec la génération précédente.
« C’est un projet absolument monumental », a confié Shovlin. « Et côté moteur à Brixworth, ils travaillent dessus depuis des années : un programme très, très difficile et exigeant. Il y a aussi toute la complexité que le développement du carburant ajoute à cela avec Petronas. Et côté châssis, un ensemble de règles complètement nouveau. »
Le succès immédiat du shakedown de Silverstone — où Mercedes a bouclé une première journée complète sans incident — et l’essai productif de Barcelone confirment cette préparation. Russell et Antonelli ont totalisé 149 tours lundi, Russell à lui seul en réalisant 93 l’après-midi. Cette régularité indique que la fabrication, l’intégration des systèmes et les bases de fiabilité sont solides, permettant à l’équipe de se concentrer sur l’essentiel : comprendre les marges de performance et optimiser l’ensemble des systèmes.
Innovation technique : le design distinctif de la W17
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Le design de la W17 révèle l’approche stratégique de Mercedes face au nouveau règlement. La voiture adopte une aérodynamique active avec des ailerons avant et arrière mobiles — une technologie absente de la F1 depuis 2013. L’analyse technique montre que Mercedes a retenu des solutions peu conventionnelles, notamment dans la configuration de l’aileron avant et de la structure du plancher.
Le maintien d’une suspension avant à poussoirs (pushrod), choix minoritaire en 2025 mais de plus en plus répandu pour 2026, reflète l’impératif d’allègement imposé par le nouveau minimum de 770 kg. Le langage de conception de Mercedes — en particulier l’accent mis sur la génération d’appui à l’arrière et l’alignement distinctif des ailettes du plancher — suggère que l’équipe s’engage dans des philosophies aérodynamiques spécifiques susceptibles de la différencier de ses rivales au fil de la saison.
La livrée, elle aussi, illustre l’évolution de Mercedes : l’iconique argent et noir demeure, mais une ligne dynamique vert Petronas structure désormais le design, mettant en avant vitesse et précision. Par ailleurs, Microsoft remplace Alpine en tant que partenaire majeur, visible sur l’airbox et les endplates de l’aileron avant.
Un optimisme prudent, pas de l’excès de confiance
Même si les premières données sont encourageantes, l’équipe comme ses pilotes gardent la tête froide. Russell, malgré sa belle performance, a soigneusement évité les déclarations grandiloquentes.
« On a tous hâte d’arriver à Melbourne », a déclaré Russell. « Bien sûr, des journées comme aujourd’hui sont nécessaires, tout comme le shakedown, et les essais à Bahreïn seront la prochaine étape très importante. Mais c’est seulement en qualifications à Melbourne, puis en course à Melbourne, qu’on aura une vraie indication de qui est devant. »
Shovlin a repris cette approche mesurée, rappelant que Mercedes n’en est « qu’aux tout, tout premiers stades du programme d’essais » et que la collecte de données sur les longs relais ainsi que l’optimisation du groupe propulseur restent des priorités pour les jours de test restants.
Conclusion
Mercedes aborde 2026 avec des atouts majeurs : un programme de développement complet, une bonne corrélation simulateur-piste, des inquiétudes sur la pilotabilité de l’hybride désormais levées, et des performances compétitives dès les premiers roulages. L’essai de Barcelone n’a pas seulement offert un titre favorable — la P2 de Russell — mais a validé que des mois de préparation se traduisent par un avantage tangible.
Mais le véritable examen aura lieu à Melbourne. Avec Red Bull également en verve dès le début et la philosophie de développement de Ferrari qui n’a pas encore pleinement pris forme, la hiérarchie reste mouvante. Une chose est sûre, toutefois : le pari de Mercedes sur une préparation méticuleuse pendant la transition réglementaire l’a placée en position de force pour « se mettre au vrai apprentissage », comme l’a dit Shovlin.
La W17, semble-t-il, est prête. Reste à Mercedes à prouver qu’elle peut transformer la réussite en simulateur et les premiers avantages des essais en un package capable de jouer le titre.

Simone Scanu
Il est ingénieur logiciel et passionné de Formule 1 et de sport automobile. Il a cofondé Formula Live Pulse afin de rendre les données télémétriques en direct et les informations sur les courses accessibles, visuelles et faciles à suivre.

