Comment Hadjar a aidé Verstappen à décrocher la 2e place à Bakou

Max Verstappen, de la huitième à la deuxième place lors du Grand Prix d'Azerbaïdjan, a donné l'impression d'une nouvelle démonstration de maîtrise opportuniste. Pourtant, pendant une grande partie du premier relais, il n'était même pas la Red Bull la plus rapide sur la piste.
Cette distinction revenait à Isack Hadjar.
Le Français avait décroché une impressionnante quatrième place lors de son retour en Formule 1 à Bakou, mais un ordre d'équipe précoce a permis à Verstappen de passer devant dès le tour 7, alors que le quadruple champion du monde tentait de remonter après une séance de qualification compromise.
Au départ, la décision semblait parfaitement logique. Verstappen avait déjà dépassé Lando Norris et semblait capable de s'attaquer à Oscar Piastri pour la deuxième place.
Puis, ses pneus Medium ont cessé de coopérer.

Le pneu Medium de Verstappen est devenu un problème
Verstappen avait démarré avec le composé C4 Medium, le même que le leader de la course George Russell, tandis que Hadjar et Piastri utilisaient le composé plus tendre, le C5.
Les essais avaient suggéré qu'il y avait peu de différence entre les deux composés sur un relais, la faible dégradation rendant les deux options réalistes. Notre analyse stratégique d'avant-course identifiait même le pneu Soft comme une véritable option pour un long premier relais.
Mais coller à la voiture de Piastri a changé la donne.
L'air perturbé laissé par la McLaren a réduit l'adhérence disponible pour Verstappen, le forçant à trop solliciter un pneu Medium qui était déjà difficile à faire monter en température.
"Je ne suis pas sûr que ces Medium soient très bons," a-t-il rapporté.
Verstappen a décrit ce relais comme une phase de "survie", et son rythme a commencé à chuter par rapport à celui de Hadjar.

Hadjar avait le rythme, mais n'a pas exigé la position
Vers le tour 20, la situation s'était effectivement inversée.
Les pneus Soft de Hadjar fonctionnaient parfaitement et il revenait sur les talons de Verstappen, estimant à un moment donné qu'il pouvait être deux ou trois dixièmes plus rapide.
Ses messages radio sont devenus de plus en plus explicites.
"Dites-lui de continuer à pousser," a dit Hadjar à Red Bull, ajoutant plus tard : "J'ai du rythme, juste au cas où."
Red Bull a finalement laissé les deux pilotes s'affronter, et Hadjar a même tenté une attaque à l'intérieur du virage 1 face à Verstappen.
Mais, point crucial, il n'a jamais poussé de manière agressive pour que l'équipe revienne sur sa décision initiale.
Cette retenue allait s'avérer déterminante.

Red Bull voyait déjà au-delà du premier relais
En apparence, laisser passer Hadjar semblait logique.
Il avait le pneu le plus rapide, Verstappen luttait derrière Piastri et Russell s'échappait. À la moitié de la course, le pilote Mercedes avait déjà établi une avance de près de 10 secondes.
Mais Red Bull anticipait ce qui se passerait après les arrêts aux stands.
Hadjar et Piastri avaient démarré en Soft et devraient finir par passer sur le composé Medium, plus lent. Verstappen, ayant démarré en Medium, pouvait terminer la course avec les Soft, plus rapides.
Cet écart de stratégie allait probablement faire de Verstappen la Red Bull la plus rapide au moment le plus crucial.
Hadjar l'avait compris lui aussi.
"Je savais que cela ne changerait pas ma course car, de toute façon, il allait finir avec des pneus Soft," a-t-il expliqué après la course.
Son objectif était devenu Piastri et la troisième place, plutôt que son coéquipier.

La voiture de sécurité a confirmé la logique
Le crash d'Alex Albon au tour 31 a déclenché la voiture de sécurité, offrant à Red Bull l'opportunité qu'elle attendait.
L'équipe a réalisé un double arrêt parfait, équipant Verstappen de Soft tandis qu'Hadjar passait sur des Medium.
Comme Verstappen était resté devant pendant le premier relais, Red Bull n'a pas eu besoin de réorganiser la position de ses voitures après le redémarrage.
Cela a fait toute la différence immédiatement.
Verstappen a attaqué Piastri pour prendre la deuxième place, se retrouvant en piste libre pour traquer Russell. Hadjar est resté dans la lutte pour le podium et a finalement glissé à la troisième place après l'erreur de Piastri au virage 1.
Si Red Bull avait échangé ses pilotes plus tôt, l'équipe aurait peut-être dû les inverser à nouveau une fois Verstappen sur le pneu le plus rapide, perdant ainsi un temps précieux au moment même du redémarrage.
Au lieu de cela, l'équipe avait sa voiture la plus rapide à la bonne position, au moment opportun.

Le rythme de Hadjar a prouvé la justesse de la décision
Le dernier relais a levé tout doute sur la supériorité du combo de pneus.
Verstappen s'est réveillé avec les Soft et a rapidement réduit l'écart avec Russell, finissant finalement à seulement 0,1 seconde de la Mercedes après un sprint dramatique vers la ligne d'arrivée.
Hadjar, quant à lui, n'a pas pu maintenir le même rythme sur les Medium. Malgré une grande partie des derniers tours en piste dégagée, il a été distancé de manière significative par le duo de tête.
Il a tout de même décroché la troisième place, bouclant un excellent week-end de retour après avoir manqué les trois derniers Grands Prix pour raison médicale.
La stratégie de décalage de pneus s'est donc déroulée presque exactement comme Red Bull l'avait anticipé.

Verstappen aurait-il pu gagner en partant plus haut ?
La question évidente est de savoir si la deuxième place de Verstappen représente une victoire perdue lors de la qualification.
Il avait montré une vitesse fulgurante en dominant les FP3, avant que des problèmes moteur et des drapeaux jaunes ne le contraignent à partir huitième. Russell, en revanche, avait réalisé un tour de pole dominant et avait contrôlé la première moitié du Grand Prix.
Verstappen n'était pas convaincu qu'un départ en deuxième position aurait nécessairement changé le résultat.
Même en piste dégagée, la Mercedes de Russell semblait posséder une base de rythme suffisante pour contrôler la course. L'écart de fin de course a également légèrement exagéré la proximité de la lutte, Russell ayant rencontré un problème alors qu'il accélérait vers l'arrivée.
Le dernier pack d'améliorations majeur de 2026 de Red Bull a clairement aidé la RB22 à devenir un concurrent sérieux à Bakou, mais Mercedes restait la référence.

Hadjar a parfaitement joué le jeu de l'équipe
L'élément le plus intéressant de la course de Red Bull n'était donc pas la remontée de Verstappen en soi, mais la manière dont Hadjar a géré le fait d'être temporairement plus rapide que son coéquipier.
Il avait suffisamment de rythme pour justifier une demande de position. Il a alerté Red Bull. Mais il a aussi reconnu que dépasser Verstappen n'offrirait probablement qu'un avantage à court terme avant que les stratégies de pneus ne s'inversent.
Hadjar a finalement terminé troisième. Verstappen s'est retrouvé en position pour attaquer Russell avec le pneu le plus rapide, manquant la victoire de très peu.
Red Bull aurait pu avoir plusieurs occasions de compliquer sa propre course.
Au lieu de cela, l'équipe est restée concentrée sur la vision globale.
Hadjar a peut-être été la Red Bull la plus rapide au milieu du premier relais, mais en restant derrière, il a permis à Verstappen de devenir la Red Bull la plus rapide au moment le plus crucial.
