Red Bull peut-elle prolonger à Singapour son élan de Sepang ?

La première victoire de Max Verstappen en 2026 se faisait attendre. Ce qui était moins prévisible, c’était la domination affichée par Red Bull lorsqu’elle est enfin arrivée.
À Sepang, Verstappen a maîtrisé les qualifications, décrochant la pole avec deux tours qui auraient chacun suffi à lui offrir la première place. Puis, après un départ perturbé par la pluie, il a su tirer parti des choix stratégiques de Red Bull et du rythme de la RB22 pour offrir une victoire historique à Red Bull Ford Powertrains.
Ce résultat s’inscrit dans la continuité du double podium de l’équipe à Bakou et soulève une question évidente avant Singapour : Red Bull a-t-elle véritablement rejoint Mercedes, Ferrari et McLaren en tête, ou les deux derniers circuits convenaient-ils particulièrement bien à la RB22 ?

Les évolutions de Bakou semblent avoir transformé la RB22
Red Bull n’a pas introduit de grande nouveauté à Sepang. Le travail important avait déjà été effectué une semaine plus tôt.
Son dernier gros ensemble d’évolutions de la saison 2026 a été déployé à Bakou. Il reposait notamment sur des modifications du fond plat, du diffuseur et des pontons, destinées à augmenter l’appui sans compromettre la stabilité des flux d’air.
Les premiers résultats étaient prometteurs.

En Azerbaïdjan, Verstappen est remonté de la huitième place pour terminer à moins de deux dixièmes de George Russell, tandis qu’Isack Hadjar a complété le double podium de l’équipe. La manière dont Hadjar et Verstappen ont uni leurs efforts sur le plan stratégique a également montré que les progrès ne se limitaient pas à un seul côté du garage.
Sepang a apporté une confirmation plus importante encore, en mettant à l’épreuve des caractéristiques complètement différentes.
Bakou est un circuit dominé par les virages lents et courts, ainsi que par une immense ligne droite. À Sepang, la plateforme aérodynamique est beaucoup plus sollicitée dans les longs virages rapides et les changements de direction à haute vitesse.
Red Bull s’est montrée compétitive sur les deux circuits.
C’est le signe le plus convaincant à ce jour que les évolutions ont réellement élargi la fenêtre de fonctionnement de la RB22.

Sepang a révélé l’efficacité recherchée par Red Bull
Le tour de qualification de Verstappen a mis en évidence les progrès de la voiture.
La Red Bull était exceptionnellement rapide en ligne droite, mais contrairement aux configurations à faible appui utilisées auparavant, cette vitesse ne s’accompagnait pas d’un énorme handicap dans les virages.
Le règlement 2026 sur l’aérodynamique active aide les équipes à trouver ce compromis. Le mode ligne droite réduit la traînée dans les zones désignées, avant que les ailerons ne retrouvent leur configuration à fort appui dans les virages.
À Sepang, Red Bull semblait particulièrement bien exploiter ces deux modes.
La RB22 disposait d’un appui aérodynamique suffisant pour mettre Verstappen en confiance dans les portions rapides du circuit, tout en restant extrêmement efficace lorsque les ailerons s’ouvraient.
C’est important, car l’irrégularité aérodynamique a été l’une des principales faiblesses de la voiture cette saison. Red Bull s’efforce depuis des mois de comprendre la dégradation des performances de la RB22.
À Sepang, Verstappen a peut-être connu son week-end le plus convaincant jusqu’ici : il a pu attaquer le circuit sans avoir à composer avec les limites de sa voiture.

Le moteur Red Bull mérite lui aussi une part du mérite
Cette percée ne s’explique pas uniquement par l’aérodynamique.
Pour sa première saison comme motoriste en Formule 1, Red Bull Ford Powertrains s’est montré remarquablement compétitif. Les évaluations ADUO de la FIA ont désigné son moteur à combustion interne comme référence pour ses rivaux. Cela ne signifie pas nécessairement que Red Bull dispose du meilleur ensemble hybride dans son intégralité, mais les performances de son moteur thermique sont devenues un véritable atout.
À Sepang, ces progrès techniques ont donné un résultat concret : la première victoire en Grand Prix de Red Bull Ford Powertrains.
C’est une réussite considérable dès la première saison du projet.
Associé à un châssis plus efficace, ce moteur donne à Red Bull un ensemble de plus en plus capable de se battre sur différents types de circuits, plutôt que de dépendre d’occasions isolées.

Verstappen reste le facteur décisif
Il y a toutefois une autre raison de ne pas désigner trop vite Red Bull comme la nouvelle référence.
L’écart entre Verstappen et Hadjar à Sepang était considérable.
Hadjar avait parfois été proche de son coéquipier à Bakou et s’était de nouveau montré compétitif lors des essais en Malaisie. Mais en Grand Prix, une fois la course stabilisée, Verstappen a atteint un tout autre niveau de performance.
Après avoir pris la tête lors de la relance derrière la voiture de sécurité, il a rapidement creusé un écart important. Hadjar, lui, était de plus en plus limité par ses pneus, puis a rencontré des difficultés de sous-virage et de gestion de l’énergie. Il a finalement terminé cinquième.
Cet écart confirme une tendance observée tout au long de la saison 2026.
La RB22 progresse, mais Verstappen est toujours capable de repousser les limites de la voiture et de donner l’impression que son potentiel est supérieur à ce qu’il est réellement.
Même lorsque Red Bull n’était, selon toute vraisemblance, que la quatrième équipe la plus rapide, ses performances ont été exceptionnelles. Maintenant que la voiture lui offre une véritable plateforme pour se battre aux avant-postes, ces performances se traduisent par des victoires plutôt que par des remontées.

Singapour sera le véritable banc d’essai
Marina Bay devrait permettre de savoir si les progrès de Red Bull sont une nouvelle fois transposables.
Singapour est presque l’exact opposé de Sepang. Le circuit est plus lent, plus bosselé et dépend fortement de la stabilité au freinage, de la motricité et de la confiance sur les vibreurs.
Ces caractéristiques ont déjà mis en évidence la sensibilité de la RB22.
La carte actualisée du circuit de Singapour pour 2026 compte également cinq zones de mode ligne droite, qui pourraient permettre à Red Bull de tirer parti de son efficacité. Mais la voiture doit d’abord rester stable dans les 19 virages du circuit.
Le week-end s’annonce donc particulièrement révélateur.
Si Red Bull se bat à nouveau pour la pole et la victoire à Marina Bay, il sera bien plus difficile de considérer Bakou et Sepang comme des réussites liées aux seuls tracés.

Red Bull se pose enfin de nouvelles questions
Plus tôt dans la saison, la question était de savoir si Red Bull pouvait fournir à Verstappen une voiture capable de monter régulièrement sur le podium.
Après Bakou et Sepang, le débat a changé.
Les évolutions de Bakou ont fonctionné sur deux circuits radicalement différents. Le moteur a prouvé qu’il pouvait gagner. Verstappen se sent plus à l’aise et la RB22 semble enfin avoir trouvé l’efficacité aérodynamique et la régularité d’équilibre qui lui faisaient défaut en début de saison.
Mercedes reste la référence sur l’ensemble de la saison, et un week-end dominé ne suffit pas à effacer les faiblesses qui subsistent sur la RB22.
Mais Red Bull n’attend plus des circonstances exceptionnelles pour se battre aux avant-postes.
Singapour nous dira si Sepang a marqué l’aboutissement du redressement de Red Bull, ou le début de quelque chose de bien plus important pour 2027.
